Ce à quoi on réserve de plus en plus le nom d’amour, est en fait, un jeu à
multiples expressions. Faire l’amour, c’est jouer avec son partenaire, à des jeux sexuels.
S’approcher d’un partenaire qui nous intéresse, fait partie des jeux de la
séduction.
Il peut devenir très complexe.
Dans certaines conditions, ce jeu peut emmener les amants potentiels à devenir très désagréables l’un envers l’autre, et à ne plus pouvoir se supporter.
En voici un exemple :
Deux séduisants personnages se sentent une attirance l’un envers l’autre.
Leur premier soucis est de savoir si l’intérêt qu’ils se portent est réciproque.
Un autre soucis passe ensuite au premier plan, qui est de ne pas montrer sa propre attirance, car ce serait se présenter désarmé, tant que le sentiment de l’autre ne s’est pas suffisamment
dévoilé.
Il peut y avoir d’autres motifs à cette cachotteries, dont les complexes, les indisponibilités, timidité, que l’on déguisera souvent en indifférence.
Mais il y a aussi l’envie de faire durer la séquence d’approche. Cela, pour prendre le temps de savoir à qui on affaire ou simplement pour le plaisir.
Toutes ces hésitations sont durement ressenties, surtout si elles prennent l’apparence dépréciative de l’indifférence.
Ils se trouvent donc dans le cas de vouloir savoir, être surs, tout en se cachant.
Les efforts et techniques de dissimulation de l’un, plongent l’autre dans une cruelle perplexité, et réciproquement.
Nous sommes tous merveilleux.
Nous connaître les uns les autres, c’est découvrir à quel point nous le sommes.
C’est pour çà que nous sommes enclins à faire la connaissance les uns des autres.
Naturellement, du moins.
Quand on est déçu par quelqu'un c’est parce que sa façon d’être merveilleux ne correspond pas à celle qu’on en attendait.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles le jeu de la séduction se révèle aussi laborieux, et périlleux :
Ce jeu nous amène à « ne pas quitter le partenaire des yeux ».
Ce qui fait que nous le voyons.
Ainsi, nous risquons de voir de quelle manière il est merveilleux.
C’est très dangereux, dans la mesure où nous voulons être aimés, mais pas aimer nous-même.
Sans y prendre garde, les protagonistes en sont déjà à se faire du mal.
Ils en viennent rapidement à se rendre coups pour coups.
L’indifférence que l’on a perçu chez l’autre nous ayant déplu, on lui répondra par une indifférence, à notre tour, plus « grande ».
C’est l’affront ressenti, qui étant à rendre, déterminera la satisfaction du projet vengeur, ainsi élaboré.
Donc, on se reverra des affronts de plus en plus grands, par lesquels on va chercher à toucher l’autre, qui de son côté, évitera soigneusement d’accuser réception.
Les manifestations d’indifférence (beau contresens !) vont vite prendre la forme de manifestations de mépris.
Ainsi, le comportement mutuel de ces charmants amoureux, devient de plus en plus désagréable, et les meurtrissures échangées, de plus en plus dures à encaisser.
Une accumulation de blessures infligées et de comptes à régler les rend vite hostiles et redoutables.
***
Ceux qui ont un contact aussi mal engagé, feraient bien de mettre de la distance entre eux, pour laisser « retomber la neige ».
Mais ils ne le feront pas, et cela pour plusieurs causes.
D’abord, les méchancetés qu’ils se font ne diminuent en rien leur attirance mutuelle.
Ensuite, pour tout combat engagé, il faut qu’il y ait un gagnant et un perdant.
Le combat ne cessera que si un danger plus clairement exprimé se présente, pour motiver à y renoncer.
Chacun sait que la peur stimule la sagesse et sa mise en pratique.
Comme pour un match de boxe, où il faut empêcher les partenaires de se prendre un peu trop au jeu, l’intervention d’un arbitre pour les ramener à des considérations plus raisonnables, serait très
utile.
Mais dans ces sortes de pugilats, il ne peut y en avoir, car ils se jouent dans le secret.
Et quand bien même, on s’apercevrait de ce qui se passe, on hésite à prendre part dans ces prises de bec, ou les adversaires risquent plus de vouloir nous convaincre de leur intégrité et de la
vilenie de l’autre, que d’écouter nos sages discours sur les bienfaits de la paix.
Qui s’y frotte s’y pique.
Enfin, parce que les comptes à régler loin de se résoudre, ne font que s’accumuler, motivant donc la continuité du processus.
Les deux antagonistes n’auront plus d’autre choix, pour se sortir de cette désagréable et laborieuse aventure, que de s’éviter tout contact sous prétexte d’un paroxysme de
mépris.
Ils n’auront à garder en souvenir l’un de l’autre, que le plus mauvais, et de ces douloureuses blessures à la cicatrisation problématique, qui risquent d’avoir de
l’effet sur leurs rapports affectifs à venir.
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D’autres exemples très différents et très nombreux, peuvent illustrer la capacité du jeu de la séduction à faire du mal à ceux qui s’y
adonnent.
Tous les commerces, toutes les négociations, recèlent de nombreux exemples.
La séduction ne concerne pas seulement le domaine de la formation de couple.
Ils ont tous en même source de dangers, le fait de proposer autre chose que ce qui nous intéresse vraiment parce qu’ils sont tous motivés par un désir d’utilisation du partenaire à nos propres
fins.
Si chacun cherchait à donner du bon, au lieu d’en soutirer, il ne serait distribué que du bon entre nous.
Nous le savons tous, et notre tendance naturelle est à trouver cette perspective intéressante.
Mais elle nous semble tellement hors de portée, et pour tant de causes, que nous y renonçons bien vite.
Si, notre entourage n’étant pas en mesure de mettre en pratique cette manière de commercer, être seul à le faire nous mettrait en danger, l’échange de bons procédés peut donc
suffire.
Fort heureusement, beaucoup d’entre nous restent honnêtes, sans se soucier d’autre chose que de se plaire à eux-mêmes et d’avoir leur conscience pour eux.
Ceux-là font le bon choix.